Les eaux usées, formidable ressource inexploitée

 

Les eaux usées permettraient de pallier l’écart croissant entre offre et demande hydriques, estime l’ONU.

Leur exploitation pourrait en outre compenser les coûts liés à leur traitement.
Elles sont omniprésentes là où toute activité humaine requiert de l’eau : en aval de l’industrie, de l’agriculture et des usages domestiques. Et la croissance démographique mondiale, doublée de l’amélioration espérée des services d’assainissement, aura comme effet inévitable d’en multiplier la production. Pourtant, les eaux usées sont non seulement encore à 95% directement rejetées dans l’environnement, mais aussi largement sous-exploitées : parmi les 165 milliards de mètres cubes collectés et traités par an dans le monde, seuls 2% sont aujourd’hui réutilisés. Un paradoxe auquel les Nations unies ont donc décidé de consacrer leur Rapport mondial annuel 2017 sur la mise en valeur des ressources en eau.
L’organisation internationale voit en effet dans les eaux usées une “ressource”, dont une exploitation optimisée permettrait de pallier l’écart entre offre et demande hydriques. Déjà sensible dans les régions – habitées par 5 millions de personnes – où la consommation d’eau est deux fois plus élevée que les ressources renouvelables locales, ce décalage est en effet destiné à s’accroître au niveau planétaire sous l’effet de l’urbanisation, puisque l’augmentation de la demande mondiale pourrait atteindre 50% en 2030, souligne l’ONU.

Biocarburants et phosphore
D’autres matières “précieuses” peuvent d’ailleurs être offertes par de cette source. A partir de 43.000 tonnes de boues d’épuration, la ville d’Osaka produit par exemple chaque année 6.500 tonnes de carburant biosolide, rappelle l’ONU. L’exploitation des eaux usées permettrait également de satisfaire 22% de la demande mondiale de phosphore, dont on prévoit la raréfaction voire l’épuisement dans les années à venir, mais dont est très riche l’urine humaine. Sans compter la valorisation des calories des eaux usées, déjà pratiquée au niveau mondialmais non incluse dans le spectre de l’étude des Nations unies.
Utilisés pour alimenter les usines de traitement elles-mêmes ou vendus sur le marché, ces produits directs et indirects des eaux usées pourraient ainsi compenser au moins en partie les coûts liés à la poursuite de l’Objectif de développement durable n° 6 consacré à l’eau, qui mentionne notamment la réduction de moitié de la proportion d’eaux usées non traitées.

Des réseaux décentralisés
Un tel changement d’approche est rendu possible par l’évolution technologique, qui multiplie les solutions face aux contraintes spécifiques de chaque région et de chaque secteur. Les pays à faible revenu – ils traitent en moyenne 8% des eaux usées, contre 70% dans ceux à haut revenu – peuvent désormais compter sur des alternatives efficaces à la mise en place coûteuse de systèmes de collecte centralisés.
Ces solutions décentralisées, “quand elles sont bien conçues et appliquées, peuvent donner des résultats satisfaisants en termes de qualité d’effluents”, écrit désormais l’ONU. Or, “selon les estimations, les investissements de ces installations de traitement ne coûtent que 20 à 50% de ceux des usines de traitement conventionnelles et leurs coûts d’exploitation et de maintenance sont même inférieurs (de l’ordre de 5 à 25% des stations d’épuration conventionnelles à boues actives)”.

Les législateurs méfiants
Les freins à vaincre restent donc aujourd’hui essentiellement psychologiques, réglementaires et financiers. Malgré les exemples de villes comme Singapour, Windhoek et San Diego – sans compter celui de la Station spatiale internationale -, où les eaux usées sont transformées en eau potable, les citoyens comme le législateur restent en effet souvent méfiants. En France, seule l’industrie peut d’ores et déjà pratiquer une économie circulaire des eaux usées.
Les pratiques évoluent toutefois progressivement, souvent sous l’effet de la contrainte. “Au moins 11 des 22 Etats arabes ont adopté des législations autorisant le recours aux eaux usées traitées”: en Jordanie notamment, 90% est utilisé pour l’irrigation, souligne l’ONU. En Israël, près de la moitié des terres irriguées le sont avec une eau recyclée, et au moins 50 pays du monde s’en servent déjà sur une superficie estimée à 10% de l’ensemble des terres agricoles. Quant à l’industrie, on estime qu’en 2020 le marché de traitement des eaux usées devrait augmenter de 50%. Et certains pays adoptent des mesures législatives proactives en dehors de tout besoin immédiat: comme la Suisse, où le phosphore doit être obligatoirement issu de l’économie circulaire.

http://www.unesco.org/new/fr/natural-sciences/environment/water/wwap/wwdr/

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/agroalimentaire-biens-de-consommation-luxe/les-eaux-usees-formidable-ressource-inexploitee-667674.html#xtor=EPR-2-%5Bmorning-briefing%5D-20170322

Article Public Economie circulaire par Ghislaine HIERSO

INTERVIEW Ghislaine Hierso dans  Public design + humanity

– Le concept du cradle to cradle est le point de départ de l’économie circulaire. Pouvez-vous nous exposer les différences entre le concept d’économie linéaire et de l’économie circulaire?

L’économie circulaire est avant tout une économie de la pauvreté, une économie séculaire. De tout temps les humains ont dû protéger leurs ressources, réutiliser tout ce qui pouvait l´être : la réutilisation agricole, les biffins, collecte et réutilisation des textiles, la réutilisation des ferrailles, les armes transformées en outil agricole, …

Il faut avoir conscience que l’économie du gaspillage, l’économie linéaire : on produit, on consomme, on jette est née avec la révolution industrielle. La possibilité de pouvoir reproduire des outils, des objets en masse a entrainé une production importante et une consommation de masse : création de besoins et usages nouveaux sans trop se préoccuper de la fin de vie des objets mis en décharge. Le déchet étant jeté derrière la maison, caché, ignoré et les décharges éloignées des centres villes.

Les préoccupations sur la gestion des déchets sont liées aux problèmes sanitaires vers la fin du 19e siècle dans les pays développés cf le Préfet Poubelle en France. .La prise en compte des conséquences environnementales est venue dans un deuxième temps.après les années 70 Aujourd’hui nous devons prôner, comme j’aime à le dire : “une économie de la prospérité équitable dans la sobriété”. Il est essentiel d’économiser les ressources naturelles , de s’assurer que les exigences de réduction de consommation tiennent compte du développement du pays et de s assurer d’un accès pour tous aux ressources. Nous devons tous être plus efficaces, et plus efficients.

Le XXe siècle a été le siècle du gaspillage, il faut que le XXIe siècle soit le siècle du recyclage.

Les premiers rapports stipulant cette nécessité datent des années 1970 par le rapport du Club de Rome (1972) et le rapport Brundtland (1987) : “Notre avenir à tous”. Même si certains philosophes tel que Henri David Thoreau et Hans Jonas ont très tôt mis en avant les problèmes que pose la civilisation technicisée.

Le passage d’une politique de gestion des déchets à une approche intégrée de la gestion des matières encourage la dématérialisation et l’utilisation des ressources efficaces. Cette politique est mise en œuvre depuis plus de 10 ans au Japon. Dès les années 2000, l’Europe publie ses premières réflexions sur la mise en œuvre d’une politique fondée sur un cycle des matières écologiquement rationnelles selon le principe des 3 R (Reduce, Reuse, Recycling). C’est de ces prises de conscience que nait le concept du “craddle to craddle”

Mais attention le “tout retourne à la terre” doit être appréhendé avec prudence, car il faut éviter la dilution de la pollution. Par exemple, les DEEE (déchets électriques et électroniques) contiennent effectivement de métaux précieux et autres matières qui peuvent être recyclés, mais aussi des substances dangereuses qui doivent être traitées avec prudence avant toute élimination. Autre exemple, les déchets organiques doivent être collectés séparément, car ils ne doivent pas être souillés par d’autres déchets tel que des plastiques, des piles , pour s’assurer leur bonne valorisation organique.
La prise en compte de notre patrimoine sol est essentielle car le sol, terre nourricière de la biodiversité, est souvent le parent pauvre de ces politiques qui oublient que le retour à la terre suppose de prendre de réelles précautions pour la préservation des ressources; l’ eau, de la biodiversité …

L’économie circulaire ne se résume donc pas à une gestion durable des déchets, mais à une meilleure prise en compte de la hiérarchie : prévention, moins et mieux consommer, réutiliser, réparer tout ce qui peut l’être en l’état ou avec quelques transformations, recycler (valorisation matière), transformer déchet/matière en produit, valorisation énergétique (en chaleur, électricité) et éliminer ce qui ne peut être réutilisé, transformé. Mais c’est aussi une utilisation plus efficace et rationnelle des ressources (matières premières, eau, énergie, …)

L’économie circulaire souvent présentée comme une dynamique locale, de proximité, fait aussi l’objet d’échanges mondiaux non négligeables pour certaines matières recyclables (papier recyclé, ferrailles, plastiques …), comme le stipule le rapport sur les cycles et les orientations des produits et des échanges www.cercle-cyclope.com

C est une des raisons qui explique que même au Forum économique mondial à Davos Il a été question d’économie circulaire . Sont notamment évoquées les perspectives du « nouveau contexte mondial ». La mise en place d’un nouveau modèle économique, plus respectueux des humains , de l’environnement et, plus largement, de la planète, constitue un enjeu de débat majeur.

 

– Quelle est la place d’un citoyen lambda dans ce schéma économique ? Quelles peuvent être ses actions quotidiennes pour participer à cette démarche écologique et économique ?

Je dirai que tout citoyen, toute entreprise, toute collectivité, toute autorité doit être acteur de l’économie circulaire et chacun à son échelle.

– Que sous-tendent les objectifs définis pour mettre en œuvre l’économie circulaire ? Éviter le gaspillage de ressources et d’énergie, Sécuriser l’approvisionnement de l’économie en matières premières, Diminuer les impacts environnementaux, Ré Industrialiser les territoires, Limiter la production de déchets non réutilisés Et Augmenter la compétitivité des entreprises.
Quels moyens d´actions les autorités se donnent ? Impliquer tous les citoyens et responsabiliser les entreprises, Mobiliser les collectivités et Développer des activités innovantes et créer des emplois

Ainsi tout citoyen lors de son acte d’achat doit s’assurer de son réel besoin et usage, quand son produit est en fin de vie, il doit trier ses déchets pour en faciliter l’éventuelle réutilisation ou le recyclage.
L’entreprise lors de la mise en production doit dans son processus intégrer le cycle de vie complet du produit ou service, de la conception à la fin de vie

Les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre les dispositifs facilitant sur un territoire l’utilisation des déchets de l’un pour en faire des ressources pour l’autre (l’écologie industrielle), ainsi que la prévention par des campagnes de communication pour tous les publics, afin de faire prendre conscience que nous sommes tous concernés par la réduction des impacts sur l’environnement.
Les autorités européennes et nationales doivent élaborer des réglementations prenant en compte ce nouvel écosystème économique industriel territorial.
Pourtant, à l’heure actuelle – malgré les avancées (initiative 3R)(1) lancées en juin 2004 dans le cadre du G8, les 17 objectifs de Développement durable adoptés par les Nations Unies en septembre 2015, qui intègrent la protection des ressources, et la prise en compte de nouveaux modèles économiques(2), de la réglementation européenne(3) et nationale(4) (Directives européennes, Grenelle de l’environnement, Loi sur la Transition écologique ) – les investissements publics ou privés, et la fiscalité, ne permettent pas de mettre en place un modèle solide et viable de valorisation des ressources de l’économie circulaire. Voir aussi la volatilité du cours des matières premières présentée dans le Rapport Cyclope.

–  Au vu de ces impératifs écologiques, sociaux et économiques, la gestion des déchets et la valorisation de ces ressources doivent faire l’objet d’une politique transversale et intégrée pour faciliter la mise en œuvre d’un modèle d’économie circulaire.

L’économie circulaire n’est pas bonne en soi si l’approche intégrée ne prend pas en compte tous les impératifs écologiques (préservation des ressources et éviter la dilution de la pollution), sociaux (valorisation de métiers difficiles, réduction de la précarité , et économiques (volatilité des prix des matières premières, nouveau modèle économique)

A ce jour, L’Economie Sociale et solidaire dans ces objectifs participe le plus activement à la mise en œuvre de cette économie circulaire par une économie plus contributive (cf Bernard Stiegler) de nombreux projets se font jour à travers le monde mais souvent à des échelles trop restreintes. Car les approches locales sont essentielles bien évidemment mais l’addition de bonnes pratiques ne font malheureusement pas un projet d’ensemble.

– Actuellement, quels dispositifs sont mis en place, en France, et particulièrement autour de la métropole du grand Paris pour faciliter la mise en place de ces questions écologiques et économiques ? D’autres territorialités ou d’autres pays sont-ils plus en avance sur ce discours et pourrait nous servir de modèle ?

La ville de Paris a mis en place en septembre 2015, , , les Etats Généraux de l’économie circulaire(5) où ont été présentées de nombreuses initiatives grâce aux rencontres avec tous les acteurs associatifs, le monde de l’entreprise, des chercheurs, des universitaires, et des têtes de réseaux de l’économie circulaire..f livre blanc des Etats Généraux de l Economie circulaire (5) Des travaux ont été menés sur les piliers de l’économie circulaire tels que l’Eco-conception, Economie de la fonctionnalité, Ecomobilité Obsolescence programmée, Usage, réparation et Recyclage(6). Les Rdv de l Économie circulaire auront lieu le 26 octobre 2016, point d étape des actions des Collectivités locales et des acteurs du territoire un an après les Etats Généraux de l Économie circulaire du Grand Paris
Pour mieux comprendre l économie circulaire, des ateliers sont mis en place avec les écoles, les collèges et les lycées cf ateliers pour lutter contre gaspillage, ou sur des formations aux métiers et savoir faire. Cf les ateliers des Petits débrouillards (7).
Des rapports sur les métiers de l’économie verte et des Modes de vie ont aussi été publiés cf notamment le rapport et programme modes de vie l association 4D (8) , de l ADEME ( http://www.ademe.fr) et Institut de l Économie circulaire ( http://www.institut-economie-circulaire.fr)
(1) http://www.env.go.jp/fr/recycle/
(2) http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/
(3) europa.eu/rapid/press-release_IP-15-6203_fr.htm
(4) http://www.developpement-durable.gouv.fr/-La-transition-energetique-pour-la-.html
(5) http://www.economiecirculaire.org/library/h/livre-blanc-de-leconomie-circulaire-du-grand-paris.html
(6) http://www.oree.org/source/_Surlarouteeconomiecirculaire.pdf(7)les Petits Débrouillards http://lespetitsdebrouillards.org/?rub=actus
(8) Association 4D http://www.association4d.org/our-life-21/our-life-21-les-modes-de-vie/

PUBLIC + PARIS_English Edition.pdf

PUBLIC + PARIS_French Edition.pdf