A Progressive Approach to Digital Tech. Progressive Approach to Digital Tech. Taking Charge of Europe’s Digital Future

 

How should progressives look at digital technology, at a time when it permeates every aspect of our lives, societies and democracies? That is the topic of this new report from FEPS and SAMAK. The main message? Digital technologies and their impact are not inevitable, but they certainly are political. Europe should democratically decide the digital future it wants, and the report offers broad outlines of a European Digital Model for a fair and sustainable digital transition. These can be regrouped under three broad headers:
  • First, the concentration of unaccountable power needs to be addressed, via tax policy, competition law, structural solutions, interoperability and more;
  • Second, Europe needs to ensure the benefits of digital tech accrue to all. This can’t be limited to redistribution, but will have to involve a measure of decentralisation, participation, and collective ways to manage data. Cities are key in this endeavour;
  • Third, the public sector needs to protect the public interest and citizen’s rights. This entails investments in public interest tech, responsible public procurement, binding rules on ‘AI’, and enforcement of existing laws (GDPR!).

https://www.feps-europe.eu/attachments/publications/feps_samak%20a%20progressive%20approach%20to%20digital%20tech.pdf

 

Quelle stratégie pour l’intelligence artificielle?

L’intelligence artificielle, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est l’ampleur de l’enjeu économique qu’elle représente. En raison des plus grandes capacités à collecter les données. Car c’est là-dessus que tout repose. Les intelligences artificielles ce sont ces applications qui observent, analysent et interprètent des données. Vous y avez probablement déjà recours au quotidien, dès que vous utilisez un site marchand, des réseaux sociaux, une application GPS ou encore un assistant vocal etc. Et le nombre de tâches automatisables ne cesse de se démultiplier : chaque jour, un nouvel usage apparaît.

L’idée générale de la Commission européenne, c’est de réguler de manière proportionnelle au risque : plus l’utilisation sera dangereuse, pour la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux, plus les règles seront strictes . Quatre secteurs critiques sont définis : la santé, les transports, la police et la justice. Sur l’enjeu essentiel de la reconnaissance faciale, nous en parlions dans une précédente Bulle, Bruxelles a finalement renoncé à un moratoire, qu’elle avait un temps envisagé.

https://www.euractiv.fr/section/economie/news/donnees-et-intelligence-artificielle-comment-leurope-veut-rattraper-son-retard/?utm_source=EURACTIV&utm_campaign=48ad379cfd-RSS_EMAIL_FR_InfosDeLaSemaine&utm_medium=email&utm_term=0_c59e2fd7a9-48ad379cfd-114979107

Quelle stratégie pour l’intelligence artificielle?

Plaidoyer pour un numérique au service de l’environnement

 

La révolution numérique bouleverse nos entreprises et transforme radicalement nos modèles. Cette évidence, inconcevable il y a 20 ans, est irréversible : sans numérique, le monde ne fonctionne plus. Pour ceux qui, comme moi, ont fait de cette transformation leur combat, c’est une victoire.

Ces transformations à grande vitesse alimentent pourtant les fantasmes d’une alinéation de l’Homme par les nouvelles technologies. Cette défiance, bien que stérile et menaçant même les nouveaux horizons offerts par la technologie, doit nous alerter. Car pèsent aujourd’hui sur les acteurs de la transition numérique des responsabilités qui vont de pair avec le rôle qu’ils jouent désormais, notamment sur l’environnement. Alors que la COP25 s’est achevée sans avancée majeure, il est indispensable de quitter la sempiternelle case diagnostic pour passer à l’action, et vite.

Le numérique est tout d’abord un formidable outil au service de la transition écologique. Il est le levier indispensable d’une économie décarbonée. Les acteurs du numérique proposent chaque jour des solutions innovantes pour aider les industries et les territoires dans leur trajectoire-environnement. Les résultats sont là. Syntec Numériquea conduit une étude avec le groupe Caisse des Dépôts et les pôles de compétitivité Advancity et Systematic Paris-Région qui mesure concrètement les retombées socio-environnementales du numérique dans 5 projets de « ville intelligente ».

Au-delà de la technologie, le numérique a permis de faire émerger de nouveaux modèles économiques, davantage fondés sur l’usage que sur la possession, sur le service que le produit. Ces fondements sont ceux d’une économie circulaire au service de l’environnement et d’une croissance plus durable.

Mais le numérique doit aussi balayer devant sa porte en réduisant son empreinte environnementale. S’il est difficile de mesurer cet impact sur l’environnement, celui-ci est incontestable.

The Shift Project chiffre à 4% sa part dans les émissions de gaz à effet de serre et anticipe un potentiel doublement de cette part d’ici 2025. Le numérique joue aussi un rôle dans l’épuisement des ressources naturelles et la pollution de l’air et du sol du fait de l’extraction des matières premières et de leur transformation en composants électroniques.

La multiplication des objets numériques, leur cycle de vie et l’usage que nous en faisons génèrent donc un impact négatif croissant sur l’environnement. Pour contrer cette tendance, nous en appelons autant à la responsabilité des utilisateurs qu’à celle des industriels du hardware et du software. Il faudra donc jouer sur ces deux leviers.

Accompagner les utilisateurs signifiera sensibiliser et « acculturer » les citoyens quant aux conséquences sur l’environnement de leurs comportements numériques. La tâche ne sera pas aisée. Selon un sondage de l’Observatoire du Numérique BVA/Digital Society Forum en 2019, seuls 27 % des Français se considèrent bien informés concernant l’impact du secteur sur l’environnement. Cet effort d’information et de pédagogie est indispensable pour que les utilisateurs du numérique puissent faire évoluer correctement leurs usages.

Accompagner les industriels impliquera de les fédérer. Dès la COP21, les industriels du numérique se sont mis en marche pour mesurer et réduire leur impact. Néanmoins, ces initiatives, bien que nombreuses, demeurent encore trop individuelles et n’embarquent pas toutes les entreprises, notamment le tissu des PME et TPE.

C’est pourquoi, nous avons décidé de mobiliser nos 2000 entreprises adhérentes pour partager leurs bonnes pratiques, réduire leur empreinte environnementale et travailler à la construction d’un indicateur référent pour le secteur.

Cette démarche traduit un engagement politique fort du secteur pour un numérique plus inclusif, plus éthique et plus éco-responsable.

Comme nous le rappelle le célèbre essayiste environnementaliste Pierre Rabhi, « nous devons ensemble faire notre part » pour faire converger les transitions numérique, sociétale et environnementale.

Nous nous devons d’être les premiers concernés. C’est cette exemplarité qui nous permettra d’accompagner de manière crédible les autres secteurs de l’économie vers un modèle plus durable.

Catégories : Opinions

A lire aussi : [Dossier] Ethique & Numérique : des entreprises plus responsables ?

A lire aussi :Six solutions pour répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux

https://www-alliancy-fr.cdn.ampproject.org/c/s/www.alliancy.fr/opinions/entreprises/2020/01/27/plaidoyer-pour-un-numerique-au-service-de-lenvironnement/amp

Non, il ne faut pas combattre la «fracture numérique»

Non, il ne faut pas combattre la «fracture numérique»

Par Taoufik Vallipuram (Libération)

L’emploi de ce concept pointe un mal que seules des solutions numériques seraient à même de soigner… alors que le problème se situe dans le rapport à l’école, à l’information ou dans la réduction des effectifs de la fonction publique.

Tribune.Popularisé en 1996 par Bill Clinton qui parle de «digital divide»,le concept de «fracture numérique» est dès ses origines marqué par une forte empreinte idéologique et s’inscrit en France dans la lignée de la «fracture sociale». Bien que contestée par la plupart des chercheurs, la notion revient fréquemment dans le débat public. L’emploi abusif de cette expression est loin d’être sans conséquence. C’est ce que nous démontrons à l’issue de l’exploration Capital numérique, une étude qui s’est intéressée aux pratiques numériques d’habitants de quartiers prioritaires.

Parler de fracture numérique, c’est adopter une vision simpliste, binaire et donc tronquée de la réalité. Il y aurait d’un côté des inclus et de l’autre des exclus. Pourtant, le manque de sensibilisation aux enjeux de la société numérique est généralisé. Comprendre pourquoi il faut maîtriser ses traces sur Internet, son identité numérique, protéger sa confidentialité, et être ensuite capable de le faire. Ce sont autant d’actions qui dépassent tous les Français, alors même que leurs pratiques numériques ne cessent de se diversifier, y compris dans les classes populaires.

Les habitants des quartiers «Politique de la ville» que nous avons rencontrés au cours de l’étude Capital numérique ne sont pas en reste. Facebook, Snapchat ou WhatsApp sont utilisés tant pour communiquer, s’informer que pour apprendre au quotidien, même par des personnes ne sachant ni lire ni écrire. Certains habitants rencontrés se rendent sur YouTube pour apprendre le français. Est-ce à dire que ces habitants ne rencontrent pas de difficultés quand ils ont recours à certains services numériques ? Non, évidemment. Mais leurs difficultés ne sont pas celles que l’on croit. Rémi, 24 ans, né en France, ne parvient pas à retrouver ses mots de passe ni à accéder à ses nombreuses boîtes mails sur son smartphone. Pourtant, il utilise tout aussi bien sa PlayStation 4 pour jouer que pour accéder à des services en ligne comme Netflix. Ce qui est le plus bloquant pour lui, c’est d’être isolé. Il ne travaille pas et a peu d’amis : il a un usage très occasionnel des mails et des messageries instantanées. Pour Makatouch, travailleur migrant de 37 ans, ce n’est pas son réseau de sociabilités qui pose problème. Il cumule deux activités professionnelles et vient de lancer une chaîne YouTube proposant une actualité différente sur son pays d’origine. Pourtant, il a besoin d’aide pour demander le renouvellement de son titre de séjour en ligne. Sa principale difficulté, c’est de lire et écrire en français.

Parler de fracture numérique, c’est pointer du doigt un mal que seules des solutions numériques seraient à même de soigner. Mais ce n’est pas le numérique qui renforcera la confiance de Rémi et Makatouch en eux-mêmes, et encore moins à l’égard des institutions. Même constat avec des collégiens et collégiennes de 9 à 14 ans. Pour eux qui maîtrisent Wikipédia mais ne voient son utilité que dans un cadre scolaire (comme le dictionnaire), les difficultés ne sont pas d’ordre numérique. Elles tiennent d’abord au rapport à l’école et à l’information. Ainsi, les collégiennes interrogées affirment ne pas lire alors qu’elles passent des heures sur l’application Wattpad, à lire des nouvelles de plus de quinze chapitres. Les maux sont plus profonds ; ils sont ancrés dans leurs représentations. Pour espérer y répondre, on ne peut pas se contenter de distribuer des tablettes dans les collèges. On ne peut pas agir en surface.

Parler de fracture numérique, c’est donc essentialiser les difficultés et supposées lacunes des personnes sans interroger les mécanismes de leur (re) production. On place les dysfonctionnements du côté des utilisateurs, pour lesquels on déploie des programmes d’«inclusion» et de «pédagogie», sans s’intéresser à la façon dont les services, interfaces et dispositifs d’accompagnement numérique sont conçus. Prennent-ils en compte les situations des personnes ? Répondent-ils à leurs besoins ?

Prenons l’exemple de la dématérialisation. Loin de simplifier les démarches administratives, elle numérise leur complexité. L’écrit est toujours prépondérant, le langage administratif, complexe, et les interfaces peu ergonomiques. Cette numérisation-là, doublée d’une fermeture progressive des guichets d’accueil physiques, génère de la solitude et de l’anxiété pour des millions de citoyens qui ont besoin d’être rassurés. Avec pour conséquence le non-recours à leurs droits.

Le corollaire de cette dématérialisation, c’est un recours de plus en plus fréquent à des volontaires en service civique, des travailleurs de courte durée et parfois même des bénévoles pour faire de la «médiation numérique» – au guichet ou lors de formations ad hoc. Sur le terrain, ces aidants viennent surtout en renfort des travailleurs sociaux débordés par la réduction des effectifs et l’envol de leur périmètre d’activité sur un volet «numérique» qu’ils maîtrisent peu. Mais sont-ils seulement armés pour ? Leur manque de formation aux enjeux du numérique, au travail social, aux démarches administratives et à la pédagogie ne leur permet pas de véritablement autonomiser les personnes.

C’est pourquoi nous demandons une politique ambitieuse de maillage du territoire par des lieux physiques avec un accueil par des professionnels, formés au métier. Car dans une société qui se numérise à marche forcée, l’accompagnement numérique ne peut pas s’improviser. Surtout, nous appelons à une véritable éducation aux enjeux de la société numérique tout au long de la vie, qui ne se limite pas à savoir utiliser quelques outils ou services numériques. Car comprendre les enjeux de la numérisation de la société, c’est avoir les clés pour moins la subir.

Taoufik Vallipuram cofondateur du Lab Ouishare x Chronos et Connector Ouishare. Bénévole associatif au sein de quartiers populaires.

https://www-liberation-fr.cdn.ampproject.org/c/s/www.liberation.fr/amphtml/debats/2019/12/29/non-il-ne-faut-pas-combattre-la-fracture-numerique_1771308

Numérique : cliquer, c’est polluer

Numérique : cliquer, c’est polluer

Car le numérique ne fait pas que consommer de l’électricité : pour fonctionner, nos objets connectés ont besoin de métaux dits “rares”. “On dénombre une trentaine de métaux rares tels que l’indium, le gallium ou encore les terres rares, qui sont une classe de métaux rares”, explique Guillaume Pitron, journaliste spécialiste de la géopolitique des matières, dans une interview à l’Agence française de développement. Les terres rares regroupent une quinzaine de métaux : le cobalt, le tungstène, le tantale, etc. Tous ces matériaux possèdent des propriétés magnétiques très recherchées par l’industrie du high-tech mais il y a un problème : ils sont inégalement répartis sur la planète et leur production est polluante, en plus d’être peu rentable.

“Les conditions d’exploitation et de production des terres rares sont sujettes à controverse”, exposait un chimiste dans Libération en mai 2019, ces minerais étant très difficiles à valoriser.

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-face-cachee-numerique.pdf

https://www.franceculture.fr/numerique/le-cout-ecologique-du-numerique

Le numérique est tout sauf virtuel

Ecoutez aussi Les Taties flingueuses @flingueuses

L’Épisode sur le numérique est tout sauf virtuel

https://lnkd.in/dGtN3AW

« Civic tech » : la CNIL appelle à la vigilance

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Par Claire Legros Le monde 9/12/2019

Un an après l’annonce du grand débat, l’instance de régulation publie un document incitant à construire « des modèles vertueux » de technologies civiques.

C’est un mot fourre-tout bien pratique mais aux contours assez flous. Dans la famille des civic tech (« technologies civiques »), on trouve aussi bien des plates-formes de pétitions en ligne et de mobilisation citoyenne, indépendantes des pouvoirs publics, que des outils plus institutionnels de budgets participatifs et de concertation.

Si l’on y ajoute les technologies à visée électorale – pour personnaliser par exemple les messages adressés par les partis aux électeurs – (pol tech), les outils déployés par les gouvernements pour améliorer leur fonctionnement ou la transparence des politiques publiques (gov tech), et les réseaux sociaux, où se joue désormais une partie du débat politique, on obtient un écosystème foisonnant et disparate où les modèles économiques sont aussi variés que les profils des acteurs.

Lire aussi: La démocratie participative, un marché convoité

Publié ce lundi 9 décembre, le cahier intitulé Civic tech, données et Demos, que consacre la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) aux technologies civiques, dresse un panorama bienvenu, d’autant qu’il intervient dans un contexte particulier. Du mouvement des « gilets jaunes », parti des réseaux sociaux, au grand débat en ligne organisé par le gouvernement, l’année écoulée a marqué un tournant dans l’usage des technologies civiques, de plus en plus présentes dans le débat démocratique.

Elle a de fait apporté une visibilité à des questionnements qui courent depuis une dizaine d’années : comment garantir la confiance dans la protection des données personnelles et la loyauté des logiciels utilisés ? Quelle valeur accorder à la participation en ligne quand une partie de la population n’y est pas représentée ? Comment l’analyser ? Quel rôle doit-elle jouer dans le processus de décision politique et, in fine, l’exercice du pouvoir ?

Lire aussi: Grand débat en ligne et démocratie : l’analyse et la transparence des données en question

Des données « sensibles » à la protection renforcée

Si elle n’apporte pas de réponses définitives à ces questions, l’instance garante de la protection des données personnelles éclaire les enjeux éthiques et politiques de la démocratie en ligne, et livre une série de recommandations pour « garantir un environnement de confiance » et renforcer les bonnes pratiques.

Depuis mai 2018, le règlement européen sur la protection des données (RGPD) encadre l’utilisation des données politiques considérées comme « sensibles ». Un parti politique ne peut, par exemple, utiliser des données personnelles sans un consentement explicite de la personne concernée. Pour autant, les procédures ne sont pas toujours respectées et de nombreuses questions demeurent. Ainsi l’organisation d’un débat démocratique en ligne est soumise à des impératifs qui peuvent sembler contradictoires : il faut à la fois préserver l’anonymat des participants tout en garantissant le recueil d’informations suffisantes pour les authentifier.

Le grand débat reste à ce titre un exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Le choix des organisateurs de demander aux participants uniquement leur code postal a empêché toute authentification et a conduit à une instrumentalisation de la consultation par des groupes d’intérêt. A l’inverse, dans le cadre du référendum sur la privatisation de Groupe ADP (anciennement Aéroports de Paris), la publication des signataires peut dissuader des citoyens d’y participer.

Lire aussi: Contributions au « grand débat » : comment analyser 68 millions de mots en deux semaines ?

A l’instar de l’isoloir dans un bureau de vote, « les technologies civiques doivent permettre aux individus de s’exprimer librement sans avoir à supporter le poids de la pression sociale », rappelle le groupe d’experts de la CNIL. Alors qu’Emmanuel Macron s’était déclaré partisan, en janvier, d’une « sortie progressive de l’anonymat » sur Internet, l’instance de régulation défend au contraire le recours au « pseudonymat » et engage les acteurs à proscrire l’indexation des participations sur les moteurs de recherche. Pour aller plus loin, elle recommande d’explorer l’usage de tiers de confiance et la gestion décentralisée des identités afin que le commanditaire d’une consultation puisse authentifier les participants sans les identifier.

Lire aussi: « La démocratie ne peut exister que grâce à une saine dose d’anonymat »

« Les technologies civiques ne sont pas neutres »

Comment s’assurer que la présentation des débats ou le classement des contributions ne risquent pas d’influencer les participants ? Parce que « les technologies civiques ne sont pas neutres », la CNIL invite les acteurs à penser des outils respectueux de la vie privée « dès leur conception », en privilégiant une information claire sur le déroulé de la consultation et les droits des utilisateurs.

Dans le débat qui oppose les partisans des logiciels ouverts aux tenants des logiciels propriétaires, l’instance de régulation ne tranche pas, mais précise que « l’ouverture du code de la plate-forme et des données de la participation est une garantie visant à permettre l’auditabilité des traitements algorithmiques ». « On n’est pas dans l’injonction en faveur de tel ou tel modèle économique, précise Régis Chatellier, l’un des auteurs du document. Mais tout acteur qui traite de la donnée personnelle est soumis au RGPD et doit savoir qu’il peut faire l’objet d’un contrôle, où il lui pourrait lui être demandé l’accès au code de l’algorithme. »

La CNIL recommande en outre aux acteurs de « se fédérer pour harmoniser leurs pratiques et aller vers la coconstruction d’un code de conduite » qui définisse les bonnes pratiques. Une telle charte, contraignante pour ceux qui y adhèrent, représenterait un « signal positif » envoyé aux citoyens et aux commanditaires.

Un peu plus d’un an après les révélations sur le scandale Cambridge Analytica, l’heure est à la méfiance à l’égard des réseaux sociaux. Alors qu’une large part des collectivités reconnaissent utiliser Facebook pour échanger avec leurs habitants, la CNIL met en garde les acteurs publics contre le risque de dépendance vis-à-vis d’entreprises dont ils ne maîtrisent pas les règles de traitement des données, de modération ou d’affichage. Elle invite aussi à proscrire leur recours pour authentifier les participants à une consultation.

Lire aussi: Ce qu’il faut savoir sur Cambridge Analytica, la société au cœur du scandale Facebook

Risque d’exclusion

Au-delà des aspects techniques, l’impact et l’efficacité des outils sont aussi questionnés. Alors que la démocratie en ligne est souvent mise en avant pour sa capacité à renouveler les publics des consultations, le danger existe bel et bien d’« exclure des processus politiques des pans entiers de la population », du fait des inégalités profondes en matière d’accès au numérique, estime la CNIL qui recommande aux pouvoirs publics de développer une éducation civique technologique pour que les civic tech ne fassent pas de la démocratie « une affaire d’experts ».

Face au risque de « solutionnisme technologique », les auteurs du cahier recommandent de combiner systématiquement « des dispositifs en ligne et en présentiel », voire d’explorer des formats innovants de participation, sur le modèle de la convention citoyenne pour la transition écologique. Avec un mot d’ordre : si la technologie offre des opportunités en matière d’innovation démocratique, elle doit rester avant tout un moyen au service de la décision politique.

Un an après l’annonce du grand débat, l’instance de régulation publie un document incitant à construire « des modèles vertueux » de technologies civiques.

« Civic tech » : la CNIL appelle à la vigilance

Taties Flingueuses : épisode 2 : les plastiques ne sont pas si fantastiques est en ligne (après l’Episode 0 le développement durable et l’ épisode 1 le numérique n’est pas que virtuel

Après l’épisode o sur le #développementdurable et l’épisode 1 sur le #numérique n’est pas virtuel 

L’épisode 2 des Taties @flingueuses.

Les Taties @flingueuses débattent de la pollution des #plastiques, vous alertent sur leur utilisation et vous donnent quelques solutions  pour remédier à cette surconsommation de plastiques

Épisode  2 sur les #plastiques https://soundcloud.com/user-410022809/les-plastiques-sont-pas-si-fantastiques

Épisode 1 le numérique est tout sauf virtuel

Épisode 0 sur le développement durable

https://m.soundcloud.com/user-410022809/ep-0-quest-ce-que-le-developpement-durable

Vous pouvez aussi les partager. 

N’hésitez pas à nous donner votre avis

@flingueuses

 

Comment l’État doit se réorganiser pour relever les défis de l’intelligence artificielle – Rapport Villani ⁩

Le député Cédric Villani présentera, le 29 mars, lors d’un sommet au Collège de France, son rapport final sur l’intelligence artificielle (IA). Instiller une culture de l’innovation en IA et coordonner les projets de transformation de l’État qui y font appel figurent parmi les priorités identifiées.

Dans la course à l’armement de l’intelligence artificielle (IA), la puissance publique doit être au premier plan. Le rapport [cliquez ici pour lire le rapport] du député LREM de l’Essonne Cédric Villani, qui sera présenté le 29 mars lors d’un sommet au Collège de France, préconise une appropriation de l’IA par l’État dans un objectif “de modernisation et d’augmentation de l’efficacité de l’action publique, ainsi que dans un souci d’exemplarité”.
Pour rappel, Cédric Villani, chargé en septembre dernier par le Premier ministre, Édouard Philippe, d’une mission sur le sujet, devait plancher sur les “actions nécessaires pour permettre à la France et à l’Europe d’être à la pointe de l’économie fondée sur l’intelligence artificielle” et “décrire les meilleures pratiques internationales d’applications de l’IA au service de la transformation et de l’amélioration des politiques publiques”.

Coordinateur interministériel
Dans son analyse, le mathématicien soulève une difficulté : les ressorts des nouvelles technologies en général et de l’IA en particulier ne sont pas suffisamment diffusés dans la culture et la technique des services de l’État. À ce titre, toutes les administrations ne sont pas logées à la même enseigne, chacune embrassant l’IA à son rythme et à ses propres fins.
Pour surmonter l’inégalité “de la maturité des différents ministères et administrations sur l’IA”, le rapport recommande la nomination d’un “coordinateur interministériel”, sur le modèle de “l’Office for AI” britannique et placé sous l’autorité du secrétaire d’État au Numérique, actuellement Mounir Mahjoubi. Ce coordinateur aurait pour mission “d’animer au jour le jour un réseau de référents au sein des différents ministères et administrations afin d’accélérer la mise en œuvre des transformations internes”. C’est à lui que reviendrait, en somme, le rôle de VRP des technologies d’IA dans une logique d’acculturation des différents ministères.
Dans sa mission, ce coordinateur interministériel serait accompagné par la création, au sein de la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (Dinsic), d’un “pôle de compétences mutualisées en IA” constitué d’une trentaine d’agents. L’objectif étant d’organiser dès à présent les compétences dans le secteur, en attendant que les ministères soient en mesure de recruter par eux-mêmes des spécialistes dans leur propre domaine.

Vers une Dinsic renforcée
Cette division d’experts pourrait provisoirement venir en aide aux différentes administrations en menant un travail de conseil, de veille et cartographie des innovations réussies, de preuves de concept et d’accompagnement du passage à l’échelle, énumère le rapport. C’est ce pôle qui se chargerait de recruter les “profils adaptés aux transformations de l’IA”.
En outre, le député de l’Essonne propose un renforcement de la Dinsic, et plus précisément de son rôle d’alerte. Pour ce faire, le rapport envisage d’abaisser les seuils de notification et d’alerte pour lesquels la Dinsic est en droit de donner son avis, voire son veto. Actuellement, l’institution ne peut opposer son veto que sur les projets numériques dont le coût dépasse les 9 millions d’euros. Son expertise est également requise concernant “les enjeux et les risques relatifs à des projets d’importance majeure”, comme l’indique le décret du 21 septembre 2015, et il lui revient de formuler “des recommandations pour la conception et la gouvernance de ces projets”. En abaissant les seuils, la mission Villani entend renforcer le “droit de regard” et le “rôle d’accompagnement” de la Dinsic vis-à-vis des différents projets informatiques de l’État.

Garantir les ressources adéquates
Afin d’encourager le développement d’applications “prometteuses” tout en se prémunissant contre d’éventuels freins administratifs, la mission souhaite la sanctuarisation des ressources allouées, notamment à travers “des budgets dédiés et pluriannuels”. L’objectif, ici, est de ne pas brider l’innovation en donnant toute leur place aux projets pilotes et expérimentaux, compte tenu de leur besoin de “souplesse” ainsi que des économies futures que ces applications pourraient permettre de réaliser, dit le rapport, de manière à ne pas “favoriser l’économie d’un euro l’année suivante contre dix voire cent fois plus sur les années suivantes”.
Emmanuel Macron doit, jeudi 29 mars, présenter les axes d’action et de financement du gouvernement pour favoriser l’essor des technologies d’IA tant pour la transformation de l’État que pour la compétitivité scientifique et économique du pays.
Mots clés : transformation numérique algorithmes cédric villani intelligence artificielle

‪https://www.acteurspublics.com/2018/03/28/comment-l-etat-doit-se-reorganiser-pour-relever-les-defis-de-l-intelligence-artificielle‬

‪https://fichiers.acteurspublics.com/redac/pdf/2018/2018-03-28_Rapport-Villani.pdf‬

Livre blanc Numérique & environnement

Livre blanc Numérique & environnement, faire de la transition numérique un accélérateur de la transition écologique : urlz.fr/6L39. 26 propositions pour un nouvel agenda de la convergence des transitions numérique & écologique. Iddri @la_fing @WWFFrance @greenit @cnnum

Livre Blanc Numérique et Environnement 26 propositions pour lancer le débat

Paris, le 19 mars – L’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing), le WWF France et GreenIT.fr, avec le concours du Conseil National du Numérique (CNNum), publient leur Livre Blanc Numérique et Environnement. Ce Livre Blanc, présenté aujourd’hui aux Secrétaires d’Etat Brune Poirson et Mounir Mahjoubi, présente 26 propositions d’actions aux acteurs publics pour mettre le potentiel de transformation du numérique au service de la transition écologique.

Forts de l’expérience des acteurs pionniers agissant déjà au croisement des deux transitions – des investisseurs, start-ups, grandes entreprises, collectivités, associations, chercheurs – les auteurs du Livre Blanc proposent des pistes d’actions pour réduire l’empreinte écologique du numérique, mieux concevoir les politiques environnementales, soutenir l’innovation numérique en faveur de l’écologie et mobiliser le potentiel des données.
Pour Damien Demailly, coordinateur des Initiatives à l’Iddri, « Selon la manière dont les nouveaux produits et services portés par le numérique seront conçus par les innovateurs, utilisés par les citoyens, régulés par les pouvoirs publics, la transition numérique facilitera ou au contraire rendra plus difficile la transition écologique. Ainsi, l’autonomisation des véhicules conduira à la division par deux ou au contraire au doublement de la consommation d’énergie dans le domaine de la mobilité. L’avenir n’est pas écrit, mais il s’écrit aujourd’hui. Et les pouvoirs publics – nationaux comme locaux – ont un rôle à jouer ».
Parmi les 26 mesures proposées par ce Livre Blanc, les auteurs mettent notamment en avant :
Généraliser l’affichage « durabilité » sur les équipements numériques (chantier 1, mesure 2) « Le numérique n’est pas une industrie immatérielle », rappelle Pascal Canfin, directeur du WWF France. « Un téléphone portable par exemple consomme soixante métaux différents, dont une vingtaine seulement sont actuellement recyclables. Or, la durée de vie de nos équipements numériques ne cesse de baisser. L’une des mesures à prendre de toute urgence pour inverser cette tendance est de mieux informer les consommateurs, en généralisant l’étiquetage des produits en fonction de leur durée de vie, leur réparabilité, la disponibilité de pièces détachées et leur empreinte écologique ».
Rendre obligatoire l’éco-conception des services numériques publics et des grandes entreprises (chantier 1, mesure 6) Pour Frédéric Bordage, fondateur de GreenIT.fr, « les services numériques – c’est-à-dire l’ensemble des logiciels et matériels informatiques qui supportent nos usages connectés courants comme réserver un billet de train, prendre rendez-vous chez un médecin ou bien encore envoyer un e-mail – doivent être conçus de façon plus responsable ». L’éco-conception d’un site web permet par exemple de diviser par trois ses impacts écologiques tout en améliorant l’expérience des utilisateurs. « Une mesure simple serait de rendre obligatoire l’éco-conception des sites web et services en ligne des pouvoirs publics et des grandes entreprises, en complétant l’obligation légale en matière d’accessibilité numérique à laquelle ils sont déjà soumis. »
Réserver une place, dans les programmes d’innovation numérique, à des projets innovants focalisés sur la production d’impacts écologiques « radicaux » (chantier 3, mesure 3) « L’État et les collectivités locales françaises ont développé de nombreux dispositifs pour soutenir l’innovation numérique, que ce soit d’importants programmes sur les véhicules autonome, l’industrie du futur ou la ville intelligente, des appels à projets et des prix pour récompenser les innovateurs, ou encore des incubateurs de start-up », rappelle Jacques-François Marchandise, Délégué général de la FING. « Mais ces dispositifs demeurent trop souvent aveugles aux enjeux écologiques ou s’y intéressent de façon superficielle. Il est nécessaire d’y réserver une place à des projets innovants focalisés sur la production d’impacts écologiques radicaux, du type zéro émissions ou zéro déchets, et qui soient capables de passer à l’échelle et robustes aux effets rebonds ». Une exigence serait que ces projets s’engagent à mesurer leurs impacts réels et à publier les résultats.

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http://fing.org/?accelerateur-de-la-transition

Le Conseil national du numérique sert-il à quelque chose ?

Le Conseil national du numérique sert-il à quelque chose ?

 

En pause depuis la démission collective de ses membres en toute fin d’année dernière, le Conseil national du numérique (CNNum) est à un nouveau moment charnière de son existence. Souhaité par Nicolas Sarkozy en 2011, il a en 7 ans survécu aux changements de gouvernements et accompagné l’évolution de la prise en compte du numérique au sein de l’administration française. Une acculturation qui n’est pas allé sans heurts, polémiques, et autres refontes. Si le cabinet du secrétaire d’Etat au numérique nous assure vouloir « relancer le Conseil le plus vite possible », il nous a semblé intéressant de s’interroger sur sa pertinence à l’heure où le numérique irrigue et impacte l’ensemble du champ social. Et sur les moyens d’augmenter son impact sur la prise de décision gouvernementale sur le champ, de plus en plus étendu, du numérique.
On n’a jamais autant entendu parler du Conseil national du numérique qu’au mois de décembre 2017. L’instance en charge de conseiller le gouvernement sur les questions touchant au monde merveilleux du numérique s’est en effet trouvée au coeur d’une tempête médiatique comme la France crispée sur les questions d’identité sait depuis quelques temps en produire. Dans l’oeil du cyclone : la nomination de Rokhaya Diallo par la toute nouvelle présidente du CNNum, Marie Ekeland.

Pourtant approuvée par Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat en charge du numérique et ancien président du Conseil national du numérique, la présence de la militante anti-raciste qui se définit elle-même comme « abrasive » a provoqué une fronde qui conduira à la démission collective du plus éphémère CNNum. En cause notamment, ses prises de position sur un potentiel « racisme d’Etat ».
« Il faut que l’Etat organise sa capacité réflexive sur le numérique. Et aujourd’hui, on peut et il faut faire mieux »
Marie Ekeland, plus éphémère présidente du CNNum, ici au Web Summit en 2012 (CC FlickR)
Avant la nomination d’un nouveau collège, Usbek & Rica se penche sur l’utilité d’une instance consultative sur laquelle est censé s’appuyer le gouvernement sur des sujets qui impactent le futur. Et sur de potentiels axes d’amélioration. Car, comme on le relève au cabinet de Mounir Mahjoubi, « il faut que l’Etat organise sa capacité réflexive sur le numérique, puisqu’il touche à tous les sujets transversaux et essentiels : emploi, formation, éducation… Et aujourd’hui, on peut et il faut faire mieux. »

Premières consultations
Chargé par un décret publié en 2011 « d’éclairer le Gouvernement et de participer au débat public dans le domaine du numérique », le Conseil national du numérique a réussi à s’imposer dans le fameux « écosystème » du numérique français. Articulé autour de membres bénévoles et d’une petite équipe de permanents, le Conseil a fait son trou. Son secrétaire général de 2012 à 2015, l’avocat Jean-Baptiste Soufron, nous le confirme : « C’est une institution intéressante. Créée sous la droite et maintenue par la gauche, elle a bien résisté, pris de l’ampleur et prouvé son utilité tout en gardant une bonne image ».
Un petit exploit, si l’on se remémore les critiques qui lui étaient adressées à ses débuts. Voulu par un Nicolas Sarkozy qui avait à l’époque pour ambition de civiliser Internet, porté par Eric Besson, secrétaire d’Etat à l’économie numérique de l’époque, le premier Conseil national du numérique est purement et essentiellement économique.
L’acte de naissance du CNNum par Nicolas Sarkozy, sous les dorures de la République, en 2011 (CC FlickR)
Ses 18 premiers membres, parmi lesquels l’actuel digital champion Gilles Babinet ou encore Marc Simoncini, le fondateur de Meetic, sont tous issus du petit milieu de l’économie numérique. Autre particularité légèrement dérangeante : le Conseil est à cette époque rattaché directement au président Sarkozy. Difficile dans ces conditions de revendiquer son indépendance : le CNNum fait office de cache-sexe numérique d’un quinquennat Sarkozy peu porté sur la transversalité des technologies, qui pénétraient pourtant déjà toute la société, de la culture à la santé en passant par une reconfiguration rapide de l’espace public.
« On s’était assuré que le Conseil puisse s’autosaisir sur tous les sujets »
Le mandat de François Hollande a été l’occasion d’un élargissement des champs d’intervention du Conseil. Sur la forme également, les choses ont évolué. « Fin 2012, il a fallu rédiger un nouveau décret, parce que les missions s’étaient précisées, nous confie Jean-Baptiste Soufron, l’un des artisans de cette évolution. On s’était assuré que le Conseil puisse s’autosaisir sur tous les sujets, on avait élargi le nombre de membres et on avait ajouté des notions économiques et sociétales ». Les membres, tous bénévoles, sont portés à 30, et l’équipe de permanents augmente progressivement, pour atteindre aujourd’hui la dizaine de personnes. Car le CNNum, ce n’est pas qu’un cercle d’influence composé de membres sélectionnés pour leurs parcours ou expertise, c’est aussi une équipe de fonctionnaires oeuvrant dans les soutes à la bonne tenue des réunions, débats, et à la publication des avis.
Sous la présidence de Benoît Thieulin, ancien de la campagne « Désirs d’avenir » de Ségolène Royal et patron de la Netscouade, une agence de communication numérique, le Conseil reste à dominante économique, mais intègre des entrepreneurs ayant une sensibilité plus en accord avec celle de la nouvelle majorité. Niveau structurel, l’organe consultatif descend d’un cran, et ne dépend plus du Président, mais du Premier ministre.

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Mounir Mahjoubi (à gauche), en grande conversation avec Nicolas Sarkozy au cours du lancement du Conseil national du numérique en 2011 (CC FlickR)

Ce qui ne l’empêchera pas d’exprimer à plusieurs reprises son opposition à certaines dispositions inclues dans des projets de lois portés par le gouvernement, notamment sur les questions de surveillance. Les débats autour de la loi renseignement de 2015 sont l’occasion pour l’instance de s’inquiéter publiquement d’une « extension de manière significative du périmètre de la surveillance, sans que cette extension ne s’accompagne de garanties suffisante en termes de libertés ». Fin 2016, ses membres se saisissent du projet de fichier TES, sans que le gouvernement ne leur demande. Piloté par Mounir Mahjoubi, l’avis est on ne peut plus clair : le fichier biométrique « laisse la porte ouverte à des dérives aussi probables qu’inacceptables ». Le fichier des titres électroniques sécurisés sera finalement adopté en 2017, mais le CNNum a affirmé son utilité, en apportant sa pierre au débat public sur le sujet.
Indépendance en question
Avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, les craintes s’accumulent autour de la pérennité de l’organe consultatif. En cause : la démission en janvier 2017 du nouveau président du CNNum pour participer à la campagne du ministre de l’Economie. Son nom ? Mounir Mahjoubi, aujourd’hui secrétaire d’Etat au numérique. De quoi apporter de l’eau au moulin de celles et ceux qui ne voient que dans le Conseil national du numérique un marchepied vers de plus hautes fonctions.
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Ghislaine Hierso, membre du CNNum sous la présidence Mahjoubi

Le CNNum version Mahjoubi est marqué par une volonté d’ouverture, et notamment à la fameuse « société civile ». Ghislaine Hierso en était. Celle qui se définit comme « une personne d’influence » a plusieurs cordes à son arc : « Présidente des Petits Débrouillards (aujourd’hui Trésorière ), une association présente depuis plus de 30 ans dans l’écosystème de l’éducation aux sciences et techniques dont le numérique, je représentais notamment le monde associatif, les collectifs citoyens tout en connaissant bien le monde institutionnel et de l’entreprise ».
« Les débats ont été percutants, notamment autour de l’accompagnement de certaines missions et de l’indépendance du CNNum »
Si son « expérience a été excellente », elle avoue que « les débats ont été percutants à certains moments, notamment autour de l’accompagnement de certaines missions et de l’indépendance du CNNum. Même si l’indépendance d’une telle instance est toujours toute relative ». Relative, mais nécessaire pour mener leurs travaux et rendre leurs avis dans un climat apaisé.
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Le député et mathématicien Cédric Villani, CCWikimedia Commons
La mission sur l’intelligence artificielle confiée par le Premier ministre au député En Marche Cédric Villani, a fait grincer les dents de quelques membres du Conseil. En cause ? La mobilisation du secrétariat général sur le sujet, et donc, des ressources internes au CNNum, que certains estiment déjà trop modestes. Mais c’est surtout la question de l’indépendance qui reste au centre des débats. Quand on sait que Godefroy Beauvallet a démissionné de son poste de vice-président en 2017 pour rejoindre le cabinet de Christophe Siruge, secrétaire d’Etat chargé de l’industrie, et que le très éphémère membre du CNNum version Marie Ekeland, Aymeril Hoang, est aujourd’hui directeur du cabinet de Mounir Mahjoubi, on ne peut qu’à tout le moins se poser la question.
Le CNNum un « rouage » grippé ?
« Ce n’est pas l’alpha et l’omega mais un élément important qui a prouvé à tout le monde son utilité en faisant, depuis sa création, du bon boulot, affirme Jean-Baptiste Soufron. C’est un rouage dans ce que devrait être la place du numérique dans les institutions. Le mouvement est général, et le CNNum peut et doit s’en faire l’écho. » Il est vrai que certains rapports et avis du Conseil ont fait date, et font office de référence sur certains sujets, de Ambition Numérique en 2015 à l’accompagnement de la loi pour une République numérique en passant par des avis tranchés en faveur de la neutralité du Net.
« Si on ne nomme que des start-upers, on aura des avis indépendants du gouvernement mais pas des start-upers »
Un rouage nécessaire, donc, mais suffisant ? Interrogé sur la question de l’indépendance de l’organe, son ancien secrétaire général estime que « la clé réside dans la liste des membres. À l’origine, les membres étaient très variés, et c’était ce qui garantissait l’indépendance du Conseil. Si on ne nomme que des start-upers, on aura des avis indépendants du gouvernement mais pas des start-upers. C’est tout le problème : correctement panacher les membres pour avoir des avis variés, qui se contredisent, et des opinions qui vont dans les deux sens. » Même son de cloche pour Ghislaine Hierso, qui nous affirme que « le CNNUm ne doit pas être là représentation exclusive d’intérêts privés mais de l’intérêt général ».
Du côté du cabinet de Mounir Mahjoubi, pas de révolution en ligne de mire de ce point de vue, même si on confirme vouloir reprendre l’organisation en collèges affermit par Marie Ekeland : « On repart sur les mêmes bases, fondées sur l’équilibre souhaité par le ministre avec le soutien de sa tutelle : un conseil à l’image de la société, qui s’articule autour de dix personnes du monde économique, dix chercheurs et scientifiques, et dix personnes issues de la société civile, soit des experts reconnus dans leur domaine et qui vont apporter une expertise un peu plus large. »
« On va s’appuyer sur l’équipe de permanents telle qu’elle existe »
Cette organisation en collèges, déjà formalisé par Marie Ekeland, l’éphémère présidente, sera donc reconduite. Et le cabinet nous confirme que les membres permanents le seront aussi : « On va s’appuyer sur l’équipe de permanents telle qu’elle existe. C’est une équipe jeune, très motivée, et qui a déjà travaillé sur énormément de sujet. Elle est restée très active et très mobilisée sur les différents sujets. »
Le CNNum du futur, transversal et vraiment indépendant ?
Mais l’enjeu principal se situe sans doute ailleurs : sujet transversal par excellence, le numérique impacte l’ensemble des ministères. Et beaucoup de cabinets rechignent à se saisir du CNNum, ou même à travailler en bonne intelligence avec lui, puisque chacun défend son pré carré.
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De gauche à droite : Manuel Valls, Axelle Lemaire, Benoît Thieulin Marisol Touraine et Emmanuel Macron au cours de la présidentation du rapport Ambition Numérique en 2015 (Wikimédia Commons)
Interrogé sur les moyens d’améliorer le fonctionnement de l’instance, Jean-Baptiste Soufron propose d’abord d’augmenter le nombre des membres, avant de militer pour que le CNNum puisse bénéficier « de moyens temporaires pour obtenir des infos plus rapidement auprès de l’administration. Et puis, il ne serait peut-être pas idiot que le CNNum soit représenté dans les autres instances : un de ses membres pourrait disposer d’un siège dans des autorités indépendantes comme la Cnil, l’Arcep ou le CSA. » Le rôle de lanceur d’alerte que peut parfois endosser le Conseil n’est pour lui pas l’essentiel, et l’instance devrait se focaliser sur « des questions plus larges, plus éthiques. Et sur le développement d’une stratégie française du numérique ».
« Le CNNum n’a pas seulement besoin d’indépendance, il a besoin de liberté ! »
Depuis des années, certains observateurs avisés du secteur militent pour une prise en compte plus importante du numérique au sein de l’administration. Un ministère d’Etat, sur le modèle du ministère de l’Ecologie, est une option qui en fait frétiller plus d’un. Mais pas Jean-Baptiste Soufron : « Certains voudraient lui donner plus de pouvoir, mais selon moi ce n’est pas utile : il a le pouvoir de la parole, qui dans notre démocratie est encore très important. Le CNNum n’a pas seulement besoin d’indépendance, il a surtout besoin de liberté ! »
D’autant que, comme le fait remarquer Ghislaine Hierso, les sujets ne manquent pas : « Projet de loi sur les fake news, neutralité du Net , RGPD, l’éducation au numérique, cybersécurité… Le CNNum permet de mettre les réflexions en commun, sans aborder les questions sous un seul angle d’experts mais en s’ouvrant à la société. Le tout en pensant constamment à rendre ces thèmes lisibles et visibles pour toutes et tous. »
Un renforcement des pouvoirs du Conseil ou une évolution de son fonctionnement ne semble pas à l’ordre du jour du gouvernement. La priorité étant à la relance la plus rapide possible d’un CNNum calqué sur le modèle du plus éphémère Conseil national du numérique de sa jeune histoire. Et cette fois, sans Rokhaya Diallo.

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Photographie à la Une : Au lancement du Conseil national du numérique. Rodrigo Sepulveda, CC FlickR

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